Sourd, muette, aveugle en chambre 215
Quand j'étais à la clinique,
Sarah m'a demandé si la clinique de la muette était vraiment aussi chic que ses patientes du genre Carla ou Rachida.
Sur le coup, j'ai répondu que non,
ça ne faisait pas franchement la différence mais que j'étais dans une chambre "à pas chère" et pas dans une suite.
A la réflexion, en rentrant à la maison,
je me dis que, quand même, si, c'est un peu différent.
Au niveau médical,
je dirais que c'est pareil.
Avant l'opération, on vous pose toujours les mêmes questions "Vous êtes à jeun?"
et on vous met tout nu sous une chemise d'hopital.
Un brancardier vient vous chercher,
vous fait voyager dans un monte-charge qui a sans doute un nom plus glamour
mais ce n'est pas le genre de question qu'on pense à poser,
en tout cas pas à ce moment là!
Ensuite on vous pose sur votre brancard (toujours nue sous votre chemise) dans un couloir,
le brancardier vous demande si vous avez la trouille
- inutile de dire qu'à ce moment là oui, vous avez la trouille! -
et vous rassure avec un "ça va bien se passer!".
Tandis que vous patientez là,
tremblante de trouille et de froid malgré la couverture de survie,
vous avez l'impression de devenir une personne très importante.
Le chirurgien vient vous parler,
c'est rassurant,
l'anesthésiste,
c'est rassurant aussi
car ce sont les deux seules personnes que vous avez déjà vues au moins une fois.
Vient ensuite Colette , dont vous n'avez aucune idée de qui elle peut être
mais qui vous rassure, elle s'occupera bien de vous,
puis plusieurs personnes qui ne se présentent même pas
et qui vous demandent qui va s'occuper de vous puis s'en vont.
Pour tous ces gens là,
qui vont et viennent vers le p'tit dej offert pour l'anniversaire de l'un d'eux,
dans la pièce juste au bout du brancard,
c'est la routine,
ça rigole, ça parle de choses quotidiennes.
Vous par contre, vous êtes limite à vous sauver en courant,
et c'est sans doute pour ça qu'on vous met cette fichue chemise,
impossible de sortir comme ça dans la rue!!!
Après vient Florence l'infirmière de bloc.
Vous voyant grelotter, elle vous emmène au bloc opératoire et vous met sous une couverture chauffante.
Ensuite plusieurs personnes reviennent,
dont Marion, l'infirmière de bloc avec qui travaille Florence, mais qui a plus d'expérience.
Et Colette revient,
elle travaille avec l'anesthésiste
l'une à droite, l'autre à gauche,
elles vous piquent,
vous disent "au revoir, on se voit demain!".
Et c'est fini pour quelques heures....
Quand vous vous réveillez, tout est confus,
il y a quelqu'un dans le même état à côté,
puis des "gens" s'occupent de vous
et finalement un brancardier revient vous chercher,
vous remet dans le monte-charge,
vous aide à vous installer dans votre lit
et après il n'y a plus qu'à attendre que les médicaments arrêtent de faire effet,
que la morphine fasse effet,
puis s'arrête.
Le lendemain, vous êtes ravie de prendre une douche "toute seule".

Et puis vous progressez chaque jour un peu plus,
vous allez aux toilettes "toute seule"
et vous ressentez le même émerveillement qu'un enfant de 3 ans qui fait pour la première fois au pot!!!
Même maintenant, je m'extasie sur ce miracle!
Pour en revenir à la question de Sarah,
car là on va dire que j'ai gravement disgressé,
oui c'est plus joli que l'hôpital ou les autres cliniques que j'ai fréquentées,
la peinture ne s'écaille à aucun endroit,
et le pommeau de douche est en excellent état.
Par contre, niveau repas, c'est partout pareil,
in-fect
sauf pour le petit déjeuner qui donnait l'impression d'être à l'hôtel.
Mais mon infirmière était adorable et pour avoir réussi à manger cet infect plat de poisson,
j'ai été récompensée avec un rab' de 2 yaourts dont un à la cerise!




